Mon propos n'était pas de placer Internet au centre de la discussion, mais plutôt d'insister sur le rôle potentiel des STIC et sur les responsabilités des chercheurs dans ce domaine, qui à mon sens vont croissant.
Dans ce sens, il ne s'agit pas bien sûr de s'arrêter au constat qu' « Internet favorise la recherche interdisciplinaire », constat auquel il me paraît bien facile d'adhérer, mais bien plutôt d'engager une réflexion plus ambitieuse, qui rejoint le deuxième terme de l'interrogation de Dan Sperber : « les nouveaux artefacts infléchissent-ils la recherche… ».
Il y a ensuite plusieurs angles de vue pour traiter cette question : je n'ai pas précisément choisi celui évoqué par Dan Sperber, qui est celui de la dynamique propre aux artefacts ; j'ai plutôt adopté (enfin tenté d'adopter) un point de vue épistémologique, celui de l'émergence d'objets de recherche communs, poussé par la pénétration dans les usages des technologies.
La question posée par Dan Sperber est bien sûr cruciale, mais difficile, et je ne saurais y répondre dans l'intervalle de temps nécessaire à la poursuite de cette discussion.
Un exemple néanmoins pour avancer un peu. Des expériences sont menées en archéologie sur le développement d'outils d'annotation de documents hypermédia. Le problème est de permettre le partage de points de vue différents sur le temps archéologique, la détection d'inconsistance entre ces différents points de vue et leur révision éventuelle. Un « langage pivot » est adopté dans ce but, qui permet la construction d'un graphe associant et confrontant les différents points de vue. Il me semble voir là les « nouvelles formes de recherche » qu'évoque Dan Sperber.
Quant aux conséquences de tout cela sur le contenu même des sciences… une vision idéaliste serait bien sûr de penser que ces outils permettront de retrouver une approche plus éclairée, moins cloisonnée des sciences, en permettant à de multiples passerelles de s'établir entre elles… mais quelle naïveté n'est-ce pas ?
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